Marie Bishara, la révolution égyptienne au coeur de la Fashion Week à Paris

 
Mettre au point une collection pour la Fashion Week de Paris en pleine révolution au Caire relève de l’exploit: un défi relevé avec talent par la créatrice égyptienne Marie Bishara

Mettre au point une collection pour la Fashion Week de Paris en pleine révolution au Caire relève de l’exploit: un défi relevé avec talent par la créatrice égyptienne Marie Bishara

Elle a même pu rejoindre la capitale de la mode dans les temps et présenter une collection sophistiquée et très féminine née dans le sillage de la révolution qui a renversé le régime d’Hosni Moubarak. "Ca a été une révolution formidable mais au milieu de tout cela il fallait continuer à avancer coûte que coûte", a raconté la créatrice en dévoilant sa collection automne-hiver. "Nous avons dû faire preuve de davantage de discipline. Tout le monde était conscient du défi à relever pour être dans les délais".

Il lui a fallu embaucher une équipe de gros bras qui sont restés tard dans la nuit pour surveiller l’atelier situé dans une banlieue industrielle du Caire. Ces hommes attendaient chaque soir avec impatience le moment où ils pourraient regagner leurs foyers, laissés sans protection dans les rues désertées par la police. "Et il y avait aussi nos ouvriers qui réalisaient les broderies à Khan el-Khalili," le souk historique de la capitale égyptienne. Finalement, la collection est arrivée à temps à Paris pour le show qui s’est déroulé dans la demeure fraîchement rénovée de l’ambassadeur d’Egypte en France.

Marie Bishara, 44 ans, trilingue, est la fille d’un magnat du textile copte (chrétien). Elle a étudié la mode en France et fait ses classes dans les célèbres maisons de couture Cacharel et Balmain avant de lancer sa propre marque. Le succès est arrivé en 2008, moment où elle a décollé dans le prêt-à-porter, devenant la première créatrice égyptienne à présenter sa griffe dans les défilés parisiens, et revenant depuis chaque saison à la conquête du marché européen. Son inspiration porte la marque de l’histoire millénaire de son pays, empruntant aussi bien aux pharaons qu’aux stars du cinéma égyptiennes des années 30 et 40.

Elle décrit sa dernière collection automne-hiver comme "très vaporeuse: beaucoup de mousseline de soie et de dentelle", incorporant des motifs très fins typiques du sud de l’Egypte, mais aussi des manteaux d’hiver brodés d’arabesques. Enthousiasmée par les bouleversements dans son propre pays, la styliste n’en reste pas moins lucide sur les défis qui l’attendent après la chute du régime. Elle sait surtout qu’elle ne pourra pas compter sur le soutien du ministère de l’Industrie et devra trouver de nouvelles sources de financement solides pour continuer à développer sa marque.

Avec 15 boutiques en Egypte et bénéficiant de l’aura de l’empire industriel Bishara (1.500 salariés), son groupe cherche à développer une ligne de franchises et à gagner des marchés. La créatrice se dit optimiste quant à l’avenir des femmes égyptiennes. "Nous ne devrions pas oublier qu’avec la révolution, il y a des questions de sécurité prioritaires. C’est ce qui
.préoccupe avant tout les femmes" d’Egypte